| !! Cette histoire est déconseillée à un public jeune, la plupart des propos pouvant heurter leur sensibilité !! |
4 Février 2019
Vendredi 1er Février
Voilà une semaine que je parcours les quartiers alentours à la recherche de Shane, mais rien, pas une seule piste, personne n’a rien vu, rien entendu, mon frère est-il si invisible que ça ? Je continue tout de même à marcher, malgré le froid, la nuit qui tombe et la déception. J’arrive à l’angle d’une rue où trône un petit bar, une pancarte « cherche serveuse » est collée sur la porte d’entrée.
Rien de mieux qu’une barmaid pour récolter des infos, les gens ont tendance à parler une fois imbibés. Je pousse la porte, peu de personne sont présentes, mais il est encore un peu tôt.
- Bonjour !
- Vous venez pour le job ?
- Euh ouai !
- Vous êtes engagé !
- D’accord !

Je n’ai jamais eu un job aussi vite de ma vie, on dirait bien que le proprio galère depuis longtemps pour trouver une serveuse, je me demande si je ne devrais pas avoir peur.
- Revenez à 21h ! Et soyez à l’heure !
Je sors du bar et retourne directement à mon immeuble. Le froid s’engouffre sous mon manteau, je le ressers contre mon corps et marche tête baissée. Je grimpe les escaliers deux par deux, j’arrive très vite à mon étage, je passe devant la porte du 3A, c’est silencieux, mais je suis certaine que je l’ai vu sortir d’ici, cependant, je ne l’ai pas revu depuis.
Je m’avance sur la pointe des pieds et colle mon oreille contre la porte, le bruit de ma respiration qui est encore rapide m’empêche de me concentrer, je tente de réguler mon souffle.
- Je peux t’aider ?
Je sursaute et manque de mourir de peur. Je me retourne et il est toujours caché sous sa capuche noire.

- Je… juste… j’ai cru entendre un bruit étrange, c’est tout.
Crédibilité zéro. Il s’avance et je m’écarte, il entre puis claque la porte, ça va, il pourrait se montrer aimable quand même. Je rentre chez Nana, elle regarde un jeu à la télé. Je m’approche et l’embrasse doucement sur le front.
Je lui dis que j’ai trouvé un petit boulot de serveuse et comme à son habitude, elle s’inquiète pour moi. Je vais prendre une longue douche avant de retourner au bar.
J’arrive un peu avant l’heure prévue, j’entre et le patron discute avec un grand brun, ils n’ont pas l’air d’accord.
- Tient va enfiler ton uniforme et traîne pas.
Il me file un tas de vêtements, je sens que je ne vais pas être déçue du voyage. Je souris au brun qui a l’air d’être aussi aimable qu’une porte de prison.
- Salut, je suis JJ ! J’espère qu’on va s’entendre !
- Je déteste bosser en équipe, j’suis certain que tu vas me ralentir.

Et il me laisse planter là comme une imbécile. Non mais quel crétin. Je lève les yeux au ciel avant de m’engouffrer dans l’arrière-boutique et rejoindre les toilettes. Je m’habille, la tenue est bien évidemment sexy, comme si les femmes ne savaient faire que ça, exhiber leur corps pour vendre de l’alcool, j’ai l’impression d’être au moyen-âge, même dans des pays reculés on ne traître pas les femmes comme des objets.
Je retrouve mon nouveau collègue et la soirée peut commencer ! Si mon partenaire s’était donné la peine de s’intéresser un tant soit peu à moi, au lieu de me cataloguer d’infirme dès le départ, il saurait que j’ai déjà été serveuse à Selvadorada, boulot exotique, et même parfois dangereux, je connais donc la cadence à tenir. Il est 2h du matin quand le service se termine enfin, le patron est parti depuis belles lurettes déjà et moi, je viens de remettre mes fringues.
- Désolé, t’as assuré JJ ! Je m’appelle Hazel !
- J’ai déjà été serveuse, tu le saurais si tu m’avais laissé la chance d’en placer une Hazel !
Il sourit bêtement en me fixant. Nous marchons vers l’entrée du bar.

- Toi et moi, on va bien s’entendre ! À demain !
Je le salue et prends la route pour le bâtiment « Les aubépines », allez savoir pourquoi, il n’y en a même pas aux alentours. Ma nuque me picote légèrement, cette désagréable sensation d’être épiée constamment se fait sentir jusque dans les racines de mes cheveux.
Je mentirais si je disais que la peur ne m’envahie pas un peu, j’accélère le pas, un bruit étrange attire mon regard derrière moi, psychose ou réalité, je ne perds pas de temps à me poser la question et je cours jusqu’à la résidence.
Je ferme la porte de l’appartement et m’adosse contre, je reprends mon souffle. Le mur tremble légèrement, je suis certaine que le voisin vient lui aussi de rentrer. Il n’est pas en train de me fliquer quand même ? Non, ce serait vraiment trop bizarre, putain les films d’horreurs me montent à la tête. Je file prendre une douche pour me réchauffer et enlever cette odeur infecte qui encombre mes narines.

Samedi 2 Février
La moitié de la journée, je l’ai passé sous mes couettes à ronfler et l’autre moitié à regarder des vidéos sur mon téléphone. La nuit est déjà tombée, il faut que je me motive pour aller bosser et pour descendre mettre une machine en route, c’est le soir, je pense donc éviter le vieux pervers du premier.
Je prends ma douche, m'empare de mon uniforme de serveuse et je descends avec mon panier à linge dans les mains après avoir souhaité une bonne nuit à ma grand-mère.
Il ne fait pas très chaud dans les couloirs, je pousse la porte de la buanderie avec le dos et allume la lumière, heureusement il n’y a personne. Je mets le linge dans la machine et lance le programme rapide. Je m’assois par terre pour attendre que ça finisse et tout mettre à sécher avant mon départ.
C’est cool ici, il n’y a personne, le silence règne, mis à part le bruit du tambour qui tourne dans la machine et l’eau qui s’écoule. Je ne sais pas pourquoi, j’appelle le numéro de mon frère.
- Le numéro que vous avez composé n’est pas attribué…

Blablabla, je connais cette phrase par cœur, pourquoi je m’enquiquine encore à faire ça ? Putain comment mon frangin a pu disparaître sans laisser de traces ? Je suis tirée de mes pensées par la sonnerie qui sonne la fin du cycle, je me lève pour tout jeter dans le sèche-linge et filer au bar.
Il est presque minuit quand le type du fond qui s’envoie des litres de shooters, depuis presque deux heures, décide de passer de « difficilement supportable » à « trou du cul ». C’est la petite tape que je prends sur les fesses qui me fait sortir de mes gonds.
- Bon ça suffit maintenant !!
- Doucement, poupée, le client est roi !
- On est dans un bar ici, pas dans un bordel !
Non mais il se prend pour qui ce connard, je suis rouge de colère quand il se lève. Ses yeux respirent la méchanceté absolue, en temps normal, j’évite les problèmes, surtout avec ce genre d’individu, mais là, ce n’était plus possible. Hazel se dirige vers nous.
- Un problème JJ ?
- Aucun, monsieur allait payer et s’en aller !

Il ne répond rien, mais me fusille du regard avant de suivre Hazel et de régler ses consommations. Bon débarras.
Comme la veille, il est plus de 2h quand nous sortons. Le vent gifle mes joues et le trottoir en béton me glace les pieds.
- Tu veux que je te raccompagne chez toi ?
- Non, merci, ça ira Hazel ! On se voit lundi soir !
Un discret petit signe de la main et il prend le chemin opposé au mien. Je suis épuisée, frigorifiée, je déteste l’hiver. Un bruit retenti derrière moi, je décide qu’il faut que j’arrête de voir le mal partout. Je respire un grand coup et continue d’avancer.
- J’aime pas trop qu’on me prenne pour un con !
Sa grosse voix grave me fait rater un battement de cœur, je me retourne et découvre le poivrot du bar. Je lève les yeux au ciel.

- Encore vous ? Rentrez chez vous, c’est plus l’heure de faire mumuse dehors.
- Ma jolie, je crois que tu n’as toujours pas compris que je faisais ce qu’il me plaisait !
Il sourit, malveillant et sors un couteau de derrière lui. Il est complètement fêlé ce connard. Je recule lentement.
- Vous êtes un grand malade.
- Tu ferais mieux de courir JJ, si je t’attrape, tu vas crier crois-moi !
Je ne suis pas loin de la résidence et il est alcoolisé, j’ai de grandes chances de le semer, enfin, c’est ce que je pense en tout cas. Dans quelle merde je me suis encore fourrée ?